Soutien à Autistici/​Inventati, hébergeur désigné comme « terroriste » par l’administration Trump

mer 2 Sep

Tac­tic, comme d’autres orga­ni­sa­tions, est signa­taire d’une lettre ouverte publiée sur Sabot Media dénon­çant la répres­sion dont est vic­time Autistici/​Inventati, héber­geur asso­cia­tif ita­lien, de la part du gou­ver­ne­ment états-unien. Nous repu­blions cette lettre tra­duite en fran­çais par la com­mu­nau­té CHATONS.org.

En tant qu’organisation de défense des droits humains et numé­riques, Tac­tic apporte tout son sou­tien au col­lec­tif Autistici/​Inventati. Vous pou­vez retrou­ver la lettre ori­gi­nale sur le site de Sabot Media.

Le 26 août 2026, les États-Unis ont dési­gné le col­lec­tif numé­rique ita­lien Autistici/​Inventati comme « Spe­cial­ly Desi­gna­ted Glo­bal Ter­ro­rist » (Ter­ro­ristes inter­na­tio­naux) et l’ont ajou­té à la liste d’organisations pla­cées sous sanc­tions états-uniennes appe­lée « Spe­cial­ly Desi­gna­ted Natio­nals list », sous l’ordre exé­cu­tif 13224. Les orga­ni­sa­tions états-uniennes en lien avec Autistici/​Inventati (banques, four­nis­seurs…) béné­fi­cient d’une auto­ri­sa­tion tem­po­raire de mener à bien les tran­sac­tions déjà enga­gées avec A/​I avant cette clas­si­fi­ca­tion. Cette auto­ri­sa­tion prend fin le 25 sep­tembre 2026 à 00h01 à l’heure de Washing­ton. Après cette date limite, les rela­tions devront être sus­pen­dues, sous peine de sanctions.

Autistici/​Inventati héberge depuis 2001 des ser­vices en ligne non mar­chands : email, sites web, listes d’email, la pla­te­forme Noblogs, et autres moyens de com­mu­ni­ca­tion. L’organisation émerge de hackers­paces ita­liens, de médias auto­nomes et de mou­ve­ments sociaux. Son infra­struc­ture est construite en réponse à la cen­sure, à la sur­veillance fur­tive et aux sai­sies de ser­veurs. Elle mini­mise les don­nées per­son­nelles, uti­lise des sys­tèmes dis­tri­bués et traite la confi­den­tia­li­té comme un bien com­mun néces­saire à la par­ti­ci­pa­tion poli­tique plu­tôt que comme un produit.

L’annonce publique des États-Unis pointe des orga­ni­sa­tions qui sont cen­sées avoir uti­li­sé l’infrastructure d’A/I. Elle ne montre pas qu’A/I a pla­ni­fié les actions citées, choi­si des cibles, diri­gé ses uti­li­sa­teurs et uti­li­sa­trices ou créé le conte­nu héber­gé. Cette annonce sou­lève une ques­tion qui va bien plus loin que la ques­tion du col­lec­tif A/​I : est-ce que le fait de main­te­nir une infra­struc­ture dédiée à des com­mu­ni­ca­tions confi­den­tielles de mou­ve­ments défa­vo­ri­sés, peut lui-même être trai­té comme du terrorisme ?

Cette théo­rie met en dan­ger les héber­geurs indé­pen­dants, les ser­vices de com­mu­ni­ca­tion chif­frés, les librai­ries radi­cales, les archives des mou­ve­ments sociaux, les édi­teurs et les petits pro­jets béné­voles, par­tout dans le monde. Elle encou­rage les banques, les regis­traires de noms de domaine, les entre­prises d’hébergement à cou­per tout accord immé­dia­te­ment, et à poser les ques­tions juri­diques ensuite. Elle trans­forme la mini­mi­sa­tion de la col­lecte des don­nées en quelque chose de sus­pect, la confi­den­tia­li­té en dis­si­mu­la­tion, et l’infrastructure en culpa­bi­li­té par association.

Les grandes pla­te­formes numé­riques com­mer­ciales sont habi­tuel­le­ment dis­tin­guées du dis­cours et du com­por­te­ment de leurs uti­li­sa­teurs et uti­li­sa­trices par un prin­cipe de res­pon­sa­bi­li­té limi­tée, en tant qu’intermédiaires. Ces pro­tec­tions ne sont pas abso­lues et ne per­mettent pas de déro­ger à la loi sur les sanc­tions. C’est pré­ci­sé­ment pour cela que cette annonce est si lourde de consé­quences : le pou­voir de sanc­tion de l’exécutif états-unien peut impo­ser une iso­la­tion éco­no­mique sans qu’un tri­bu­nal ait jugé si un héber­geur est léga­le­ment res­pon­sable du conte­nu tiers.

Autistici/​Inventati n’est pas neutre poli­ti­que­ment, tout comme les biblio­thèques, syn­di­cats, héber­geurs et asso­cia­tions de défense des liber­tés indi­vi­duelles qui pour­raient signer cette lettre. Mais l’affinité poli­tique est dis­tincte d’un contrôle opé­ra­tion­nel. Four­nir un compte d’email, une pla­te­forme de publi­ca­tion ou un ser­veur n’est pas la même chose que de pla­ni­fier tout ce qu’un uti­li­sa­teur ou une uti­li­sa­trice pour­rait ensuite faire ou dire.

Nous appe­lons donc à :

La révo­ca­tion immé­diate de cette clas­si­fi­ca­tion, ou son réexa­men rapide et trans­pa­rent, accom­pa­gné de la publi­ca­tion de la base fac­tuelle et légale sur laquelle s’appuie cette déci­sion. Cette trans­pa­rence doit être suf­fi­sante pour une ana­lyse et une contes­ta­tion publiques.

Une dis­tinc­tion claire entre la four­ni­ture d’infrastructure de com­mu­ni­ca­tion et la direc­tion des agis­se­ments de ses uti­li­sa­teurs et utilisatrices.

La confi­den­tia­li­té, le chif­fre­ment, le pseu­do­ny­mat et le refus de conser­ver des don­nées iden­ti­fiantes ne doivent pas être trai­tés comme des preuves d’activité ou d’intention terroriste.

Une pro­tec­tion pour l’investigation, la recherche, l’archivage et le plai­doyer indépendants.

Les jour­na­listes, les biblio­thèques, les cher­cheurs et cher­cheuses et les archi­vistes com­mu­nau­taires devraient être en capa­ci­té de docu­men­ter cette affaire sans être trai­tés comme des par­ties inté­grantes de l’entité désignée.

La résis­tance à la sur-confor­mi­té des institutions.

Les banques, les regis­traires, les héber­geurs, les four­nis­seurs de cer­ti­fi­ca­tions et les entre­prises des NTIC devraient rendre publiques les res­tric­tions aux­quelles elles sont sou­mises, noti­fier leurs contraintes légales chaque fois que c’est per­mis, et évi­ter de détruire de l’information ou des rela­tions au-delà de ce que la loi requiert réellement.

Une réponse publique de la part des ins­ti­tu­tions qui défendent les liber­tés numé­riques, la liber­té d’expression et les liber­tés individuelles.

Gar­der le silence, ce serait per­mettre la créa­tion d’un pré­cé­dent sur le ciblage des infra­struc­tures autonomes.

Nous n’attendons pas de chaque signa­taire qu’il ou elle cau­tionne toute publi­ca­tion ou posi­tion poli­tique d’A/I, ou de ses uti­li­sa­teurs et uti­li­sa­trices. Nous atten­dons des signa­taires qu’ils et elles défendent une dis­tinc­tion struc­tu­relle : l’infrastructure de com­mu­ni­ca­tion n’est pas la même chose que les dis­cours ou agis­se­ments qui tran­sitent à tra­vers elle.

Le but de la clas­si­fi­ca­tion éco­no­mique, c’est l’isolation. Notre réponse est une soli­da­ri­té indé­pen­dante, infor­mée et dis­ci­pli­née. Nous vou­lons pré­ser­ver les archives publiques, ana­ly­ser les allé­ga­tions du gou­ver­ne­ment états-unien, résis­ter à la sur-confor­mi­té et défendre la capa­ci­té des mou­ve­ments à com­mu­ni­quer sans se sou­mettre à la sur­veillance des entre­prises ou des États.